mardi 22 juillet 2008

Défense du système public de santé

Il y a déjà quelques années que je me familiarise avec ce qu'on appelle les déterminants de la santé, c'est-à-dire tous les facteurs - environnementaux, politiques, culturels, sociaux et individuels - qui influencent notre état de santé. Et j'ai la chance de devoir le faire pour des raisons professionnelles, ce qui m'amène à lire des tonnes de documents que le commun des mortels n'aurait ni l'intérêt ni le temps de lire.

Tout ce qui touche aux déterminants de la santé est de la dynamite sociale et politique. En effet, quand on considère la santé sous cet angle, il est clair que les facteurs individuels (comportementaux et génétiques) ne sont qu'une partie de l'histoire. La part des facteurs autres qu'individuels est probablement trois fois plus déterminante pour notre état de santé que la qualité de nos habitudes personnelles (à moins, bien sûr, de faire systématiquement des abus). Ce qui implique donc qu'une partie de la solution à nos problèmes de santé se trouve en amont de la médecine et du système de santé. C'est ce que démontre de façon plutôt limpide l'étude des déterminants de la santé.

Je suis actuellement en train de lire la totalité des rapports publiés par la Commission sur les déterminants sociaux de la santé mise sur pied il y a trois ans par l'Organisation mondiale de la santé. Gros travail, plusieurs centaines de pages, des réseaux de connaissances provenant de tous les continents. La Commission rendra public son rapport final à la fin d'août, à Genève.

Mais ça vaut la peine que je vous fasse part de ce que j'ai retenu du rapport du Groupe de travail sur les systèmes de santé. Si je devais résumer les conclusions en quelques mots, je dirais «les systèmes publics de santé fournissant une couverture universelle sont la condition d'un accès équitable aux services de santé et le meilleur moyen de réduire les inégalités en santé».

Il est vraiment très instructif de prendre connaissance du tableau faisant état des contextes qui favorisent ou nuisent à un système de santé axé sur la réduction des inégalités en santé et de l'iniquité dans l'accès aux services de santé. Dans ce qui favorise l'établissement (et le maintien) d'un tel système, je note : forte participation de la communauté, bon niveau de littératie, culture de solidarité, planification participative, faible niveau de financement privé et bon réseau de première ligne. Parmi les facteurs qui lui nuisent, je note : domination par des intérêts corporatifs, faible participation de la communauté et puissantes hiérarchies.

Compte tenu de la part de financement de plus en plus importante provenant des assurances privées, du caractère brinquebalant du réseau de première ligne, du blocage imposé depuis plus de 20 ans par les intérêts corporatifs (pharmaceutiques, corporations professionnelles, syndicats et bureaucraties) en présence et de la faiblesse de la participation communautaire aux instances décisionnelles, je ne crois pas que l'état de notre système de santé s'améliore.

Quand on finit par y entrer, il fournit les services pour lesquels on l'a créé mais la qualité et les délais y sont très inégaux pendant que la couverture se rétrécit et que la facture augmente. Bref, la situation est loin d'être optimale et la situation engendre une augmentation des inégalités en santé. Cette augmentation est documentée par l'Institut national de santé publique du Québec.

Si on s'y arrête un peu, l'état de santé d'une population est un excellent marqueur de l'état de santé d'une société. Simplement parce que les facteurs qui témoignent de la vitalité d'une collectivité (créativité, littératie, prospérité, cohésion sociale, etc.) sont des facteurs qui influencent directement la santé d'une population. D'où l'intérêt d'agir sur les déterminants de la santé en élaborant des politiques cohérentes axées sur ces déterminants. Ça couvre large: éducation, économie, culture, transports, urbanisme, et j'en passe...

Le concept de déterminants de la santé est particulièrement intéressant parce qu'il fournit un cadre conceptuel cohérent sur lequel il peut être assez facile d'établir un consensus social. Une des tâches les plus importantes consiste donc à le faire connaître et à en expliquer les tenants et aboutissants.

J'aurai l'occasion d'y revenir.