mercredi 19 août 2009

Pour l’aggiornamento du Québec

Il y a si longtemps que la vie politique québécoise gravite autour du débat sur le statut politique du Québec qu’il est difficile d’imaginer qu’il puisse en être autrement tant que la question ne sera pas résolue. Mais force est de constater qu’elle ne semble pas près de l’être. La situation ressemble à une sorte de match nul où les souverainistes n’ont pas atteint leur objectif alors que les fédéralistes n’ont pas réussi à disqualifier et à marginaliser leurs adversaires.

Il n’est jamais agréable de reconnaître un échec mais il est clair que nous, souverainistes, n’avons pas réussi à convaincre une majorité substantielle de nos concitoyens, sans parler de notre incapacité à créer une alliance avec la minorité d’origine anglo-saxonne et les communautés d’immigration plus récente.

Comme le soulignait récemment Jean-François Simard dans Le Devoir du 13 juillet dernier, ce sont les situations d’oppression qui engendrent les mouvement de libération. De ce point de vue, la « situation d’oppression » est bien légère. Par contre, seuls les esprits de mauvaise foi nieront que la situation des Québécois francophones n’est pas facile, que leur statut de minorité linguistique isolée dans un océan anglophone a peu de parallèles, qu’ils doivent nécessairement utiliser l’anglais pour faire des affaires partout sur la planète (à l’exception des pays francophones) et que la collectivité est victime de préjugés (le « Quebec bashing ») au Canada parce qu’elle revendique les moyens d’assurer la pérennité de sa langue et de sa culture.

L’indépendance pour la langue?

Pense-t-on que l’indépendance règlerait les problèmes linguistiques? À y regarder de près, on voit bien que l’indépendance politique ne changerait strictement rien à la situation linguistique à l’extérieur des frontières et très peu de choses à l’intérieur du pays nouveau. Toutes les relations de commerce extérieur continueraient à se faire en anglais et toutes les industries de pointe – informatique, aéronautique, biopharmaceutique – continueront à travailler en anglais, souvent avec une main d’œuvre anglophone. Les progrès qu’il reste à faire au niveau de l’hégémonie et de l’apprentissage du français – que tous les enfants du secteur d’éducation anglophone maîtrisent suffisamment le français pour l’écrire et le parler convenablement – ne nécessitent pas l’indépendance pour être réalisés.

Pire encore, pour les Québécois francophones, que le Québec soit indépendant ou non, le dilemme linguistique semble impossible : offrir aux jeunes Québécois un apprentissage suffisant de l’anglais pour leur permettre d’être à l’aise dans le monde, et risquer ainsi une érosion du français, ou retarder l’apprentissage de l’anglais et handicaper leur avenir international. Ce n’est pas un choix. Le dilemme ne peut se résoudre qu’en insistant davantage sur la maîtrise du français et en suscitant une adhésion émotive forte à la langue et à la culture française. Une telle adhésion ne se décrète pas, elle se construit sur des générations et repose sur la vitalité de la culture et la responsabilité des créateurs. Combien réalisent que l’avenir du français au Québec dépend autant des artistes, des écrivains, des communicateurs et des enseignants que des politiques gouvernementales?

La souveraineté ne changerait rien à cette réalité. Toutes les mesures nécessaires à la protection de la langue peuvent être mises en place sans rien changer au statut politique du Québec. Bien sûr, le refus du gouvernement fédéral de se soumettre aux dispositions de la Loi 101 est un irritant majeur du fait de son caractère symbolique et du signal ainsi envoyé, mais ce n’est pas ce qui déterminera l’avenir du français au Québec et il n’y a rien qui empêche un gouvernement fédéral plus coopératif de les accepter.

Élan puis léthargie
Pendant trois décennies l’espoir de voir se réaliser la souveraineté du Québec a été un puissant stimulant de la créativité québécoise. Certaines de nos plus belles chansons en témoignent magnifiquement. L’impasse qui dure depuis 15 ans et l’absence de perspective de la voir disparaître de sitôt ont entraîné le Québec dans une sorte de léthargie et un désir d’oublier tout ça dans un chapelet de « partys », certes bien faits, mais vides de sens.

Je crois que les Québécois aiment l’action, les défis et les grands projets. À cet égard, la période actuelle est une longue traversée du désert. Et ce n’est plus le projet souverainiste – qui n’est pas parvenu en 50 ans à convaincre une majorité de Québécois – qui peut constituer ce grand défi. Si on me demandait d’identifier ce que la souveraineté changerait vraiment, profondément et pour le mieux, je serais en peine de dire autre chose que « les Québécois francophones seraient peut-être un peu plus maîtres de leur destin et ils acquerraient peut-être un peu plus d’assurance et de fierté ». En fait, les paramètres actuels de la question nationale ne permettent pas d’identifier la moindre piste de projet mobilisateur.

Le nécessaire aggiornamento

Jean-François Simard, ancien ministre du Parti Québécois, se demandait récemment comment réagirait le Canada si l’objectif souverainiste se transformait en nationalisme d’accommodement. À mon avis, la question ne se pose pas vraiment de cette manière. Si le Canada n’a pas réagi plus qu’il ne l’a fait depuis près de 50 ans aux demandes québécoises, pourquoi réagirait-il davantage et avec intérêt à une nouvelle forme de nationalisme québécois? Les Canadiens des autres provinces, tout comme les Québécois, sont préoccupés par leur propre sort, par ce qui les touche et non par le sort de leurs voisins. Aucune hypothèse ne permet de penser que la grande méconnaissance et la grande indifférence des Canadiens envers la question québécoise pourrait changer. D’autant plus qu’une proportion de plus en plus grande de Canadiens ne sont pas nés ici et n’ont aucune sensibilité particulière envers le concept des deux peuples fondateurs. Il n’y a rien à attendre de ce côté et sous cet angle-là. Et ce n’est pas ce qui doit nous importer en ce moment.

Ce qui importe vraiment, c’est le dynamisme de la société, le souffle, l’énergie qui la traverse. Il s’agit de les retrouver. Cela, me semble-t-il, doit nécessairement prendre la forme de débats de société et de projets de société. Est-ce vraiment un passage obligé? Je le crois. Nous avons tellement mis de côté ces débats, tout occupés que nous étions à maintenir les forces unies pour ou contre l’objectif de la souveraineté, que notre société s’est peu à peu figée et a évité quasi systématiquement les questions de fond et les remises en question. C’est en bonne partie cet immobilisme que l’ADQ a essayé de dégeler maladroitement et avec démagogie. C’est ce que Joseph Facal, François Legault, les jeunes libéraux et et plusieurs autres groupes ont essayé ou essaient de faire. Paradoxalement la clé de l’immobilisme et la clé du mouvement se trouvent toutes deux au même endroit : au Parti Québécois.

Les problèmes d’éducation, de santé, d’environnement, de transport, d’agriculture et d’énergie, pour ne nommer que ceux-là, se présenteraient peut-être autrement aujourd’hui si l’objectif de la souveraineté ne venait pas toujours empêcher les choses de se dire et remettre à plus tard les réformes nécessaires. D’autres coalitions sont possibles que celles des souverainistes et des fédéralistes.

Par exemple, je crois que les problèmes du système de santé, identifiés depuis 30 ans par trois commissions d’enquête différentes, seraient peut-être résolus si les partis successivement au pouvoir s’étaient attaqués de front aux problèmes de gouvernance. Si le système de santé n’était pas sous la gouverne d’une corporation serait-il en l’état actuel? On peut poser à peu près la même question à propos du système d’éducation et de l’agriculture.

La discussion sur la stratégie énergétique du Québec ne se pose pas dans les mêmes termes mais cette stratégie serait-elle la même si la société y avait consacré autant d’énergie qu’à débattre de souveraineté? Il me semble que nous avons perdu plusieurs occasions de ce côté-là, simplement parce que nous étions occupés à autre chose.

Ne serait-il pas temps de mener un débat de fond sur la stratégie d’intégration des immigrants sur lesquels nous disons vouloir beaucoup compter, de définir une vision à long terme et de prendre les moyens de l’appliquer et de la faire réussir? Nous contenterons-nous de vœux pieux en nous préparant des lendemains chauds ou tirerons-nous profit de la richesse que représentent ces nouveaux venus?

Je prétends que la nécessité de la souveraineté ne se présentera pas à cause d’une vague opposition entre la politique canadienne et les « aspirations » du Québec mais parce qu’il y aura une confrontation majeure sur des enjeux réels, urgents, concrets et bien compris par toute la population. Les chances que cela se produise sont faibles car les Canadiens ne sont pas si différents des Québécois. Par contre, elles demeureront nulles si les paramètres du débat politique ne changent pas.

Horizon 2050

En terminant, j’aimerais considérer la question de la souveraineté sous l’angle de ce que je perçois comme les grands défis de la planète d’ici 2050. Il y a peu de chances que je sois encore vivant cette année-là, mais il me semble que cet horizon nous permet d’entrevoir les problèmes qui détermineront l’évolution de tous les pays.

La plupart de ces problèmes auront leur origine dans la crise environnementale: le réchauffement climatique entraînera des problèmes d’accès à l’eau potable, des problèmes d’agriculture, peut-être l’inondation des terres basses, mais dans tous les cas un déplacement de populations et une immigration massive. Nos réponses face à ces grands défis n’ont aucun rapport direct avec la souveraineté du Québec. Le Québec dispose déjà de pratiquement tous les leviers nécessaires pour agir ou ne rien faire.

D’autres enjeux majeurs, comme celui posé par la mainmise des multinationales chimiques et pharmaceutiques sur l’agriculture et la production des médicaments, sont également au-delà des moyens de la souveraineté. Ce sont des problèmes de nature internationale. Rien n’empêche le Québec de développer des politiques et de les faire connaître au monde entier pour faire bouger les choses mais il ne pourra le faire seul, indépendant ou pas.

Au-delà de ces enjeux, les nouveaux rapports de force entre l’Europe, les deux Amériques et l’Asie pour l’accès aux sources d’énergie et aux ressources mettront en marche des forces qui auront pas mal plus de poids sur notre destin que nos problèmes intérieurs. Prenons la mesure de notre poids réel : le Québec représente à peine un millième de la population mondiale.

Mais, peu importe le reste, indépendance ou pas, c’est par rapport à ces problèmes que nous verrons si le Québec est une société dynamique ou non.

Autrement dit, de quelque côté que l’on se tourne, la souveraineté n’apparaît pas comme une condition nécessaire et essentielle pour faire face aux défis actuels et futurs, qu’ils soient internes ou externes. Elle ne le deviendrait que si le Québec était empêché de les relever à cause de son appartenance au Canada.

Il me semble évident que le grand mouvement d’énergie collective qui a traversé le Québec entre 1960 et 1980 ne se remettra en marche qu’en discutant vigoureusement de projets de société et non en cherchant à obtenir un statut politique qui n’accorde pratiquement aucun avantage pour relever les défis présents et à venir.

D’une certaine manière, bien que je sois souverainiste depuis 1963 (année d’une mémorable visite de la Reine d’Angleterre à Québec), il m’indiffère que ce mouvement aboutisse ou non à la souveraineté. Ce qui m’importe est de sentir que la collectivité dont je fais partie retrouve son énergie et le dynamisme dont elle est capable, et qu’elle engendre chez tous ceux qu’elle rassemble – francophones, anglophones et nouveaux arrivants – une adhésion émotive forte à son caractère francophone dans le respect de toutes les communautés et traditions qui la composent, comme toute société dynamique du XXIe siècle.

Je fais l’hypothèse que si le Parti Québécois considérait la souveraineté non comme une fin en soi mais comme une option de dernier recours dont la pertinence ne peut reposer que sur des circonstances graves, il serait en mesure de dominer la vie politique québécoise comme aucun parti ne l’a fait depuis longtemps. Un tel aggiornamento n’aurait pas seulement un impact au Québec mais aussi au Canada et même sur la scène internationale. N’est-ce pas la stature que le Québec souhaite? Comme l’a dit Deng Xiao Ping, grand réformateur de la Chine moderne, « peu importe que le chat soit blanc ou noir, du moment qu’il attrape la souris ».

vendredi 8 mai 2009

En route vers la conférence de Copenhage...

La conférence de Copenhage en décembre prochain sera l'équivalent du protocole de Kyoto... à la différence que la situation est beaucoup plus sérieuse qu'elle l'était il y a 20 ans.

Il est rare que la revue Nature mette son contenu en consultation libre. La section spéciale Road to Copenhagen trace un portrait des insurmontables défis auxquels l'humanité fait face. Si vous voulez nourrir votre pessimisme, il y a à boire et à manger. Je ne sais pas si tous les articles sont en accès libre, mais essayez-vous.

Ce dossier ne fait qu'effleurer la surface du sérieux de la situation mais le portrait est dramatique. Je vous recommande particulièrement le "Worst case scenario" dont la probabilité dépasse de beaucoup le niveau de risque pour lequel on achète habituellement une assurance.

Déplacement massif de populations, destruction d'écosystèmes fragiles (pôles, montagnes, récifs, zones sèches, etc.), acidification des océans et j'en passe. Je suis curieux de voir ce qui va se produire quand on va réaliser que Monsanto et le petit groupe de multinationales des OGM détiennent déjà des tas de brevets sur des gènes capables de conférer aux cultures une résistance à la sécheresse ou à la salinité... Va-t-on continuer de défendre à tout prix le régime actuel des brevets?

La conclusion d'un des articles les plus optimistes (Overshoot, adapt and recover) est la suivante: "The window of opportunity for beginning effective long-term action on climate change is extraordinarily narrow. Urgent and major emissions reductions are essential to avoid the most severe effects. Yet even the most prompt and stringent action still risks overshooting a target of 2 °C, and it will require centuries to achieve a roughly stable climate with tolerably low amounts of warming. The consequent demands on adaptation will be enormous, many times those currently envisaged. We should therefore give policies of adaptation much more urgent attention."

Nous sommes déjà privilégiés et nous le serons plus encore. Pour éviter la guerre, les pays du Nord n'auront pas le choix d'investir au Sud ou d'ouvrir leurs frontières. On vit une époque formidable où l'histoire va accoucher à la dure.

Bonne lecture!

jeudi 7 mai 2009

Merck et Elsevier pris en flagrant délit

La semaine dernière, l'hebdomadaire The Scientist révélait que Merck avait publié un fausse revue scientifique en Australie pour mousser les ventes de son médicament contre l'ostéoporose. L'éditeur impliqué est Elsevier qui a publié durant deux ans the Australasian Journal of Bone and Joint Medicine.

Cette semaine on apprend que la filiale australienne d'Elsevier en a publié six autres comme ça, entre 2000 et 2005, tous en Australie. Elsevier a refusé de nommer les pharmaceutiques impliqués dans ce marketing déguisé en science et a annoncé un "processus de révision interne" de ses politiques.

Il y a longtemps qu'il y a quelque chose de pourri au royaume des multinationales de la pharmacie. Tout le système est construit sur des prémisses qui n'ont rien à voir avec la médecine et le bien commun: brevets sur tout et n'importe quoi, recherche orientée vers les seuls types de produits capables de générer des milliards $ de profits, prix fixés par le montant maximum que le marché peut supporter, etc. Il s'en suit les dérives que l'on connaît.

Il est toujours frappant de lire les professions de foi de ces multinationales. Celle de Merck est un modèle du genre: "At Merck, our fundamental responsibility is discovering, developing and delivering innovative medicines and vaccines that can make a difference in people's lives and create a healthier future. We believe that fulfilling this responsibility in a sustainable manner entails high ethical standards and a culture that values honesty, integrity and transparency in all that we do." Leur slogan est "Where the patient comes first". Comme langue de bois, on ne fait pas mieux...


Si vous ne pouvez pas ouvrir le lien suivant qui vous mène à l'article original: Elsevier published 7 fake journals

Voici une copie de l'article:

Posted by Bob Grant.
[Entry posted at 7th May 2009 04:27 PM GMT]

Scientific publishing giant Elsevier put out a total of seven publications between 2000 and 2005 that were sponsored by unnamed pharmaceutical companies and looked like peer reviewed medical journals, but did not disclose sponsorship, the company has admitted.

Elsevier is conducting an "internal review" of its publishing practices after allegations came to light that the company produced a pharmaceutical company-funded publication in the early 2000s without disclosing that the "journal" was corporate sponsored.

The allegations involve the Australasian Journal of Bone and Joint Medicine, a publication paid for by pharmaceutical company Merck that amounted to a compendium of reprinted scientific articles and one-source reviews, most of which presented data favorable to Merck's products. The Scientist obtained two 2003 issues of the journal -- which bore the imprint of Elsevier's Excerpta Medica -- neither of which carried a statement obviating Merck's sponsorship of the publication.

An Elsevier spokesperson told The Scientist in an email that six other titles in a "series of sponsored article publications" were put out by their Australia office and bore the Excerpta Medica imprint from 2000 to 2005. These titles were: the Australasian Journal of General Practice, the Australasian Journal of Neurology, the Australasian Journal of Cardiology, the Australasian Journal of Clinical Pharmacy, the Australasian Journal of Cardiovascular Medicine, and the Australasian Journal of Bone & Joint. Elsevier declined to provide the names of the sponsors of these titles, according to the company spokesperson.

"It has recently come to my attention that from 2000 to 2005, our Australia office published a series of sponsored article compilation publications, on behalf of pharmaceutical clients, that were made to look like journals and lacked the proper disclosures," said Michael Hansen, CEO of Elsevier's Health Sciences Division, in a statement issued by the company. "This was an unacceptable practice, and we regret that it took place."

When confronted with the questionable publishing practices surrounding the Australasian Journal of Bone and Joint Medicine last week, Elsevier indicated that it had no plans of looking into the matter further, but that decision has apparently been reversed.

"We are currently conducting an internal review but believe this was an isolated practice from a past period in time," Hansen continued in the Elsevier statement. "It does not reflect the way we operate today. The individuals involved in the project have long since left the company. I have affirmed our business practices as they relate to what defines a journal and the proper use of disclosure language with our employees to ensure this does not happen again."

"I understand this issue has troubled our communities of authors, editors, customers and employees," Hansen added in the statement. "But I can assure all that the integrity of Elsevier's publications and business practices remains intact."

vendredi 1 mai 2009

Réchauffement climatique: droit dans le mur

La revue Nature de cette semaine publie une série d'articles sur le réchauffement climatique. La conclusion est pessimiste: nous nous dirigeons droit dans le mur à 200 à l'heure. Je vous copie l'article principal pour que vous fassiez votre propre évaluation.

Si je résume: il est inévitable que la Terre se réchauffe d'environ 2 degrés C et les probabilités sont fortes que le réchauffement soit plus important. Et il faudra 1000 ans pour revenir en arrière.

Si vous voulez envoyer un lien à vos amis: http://www.nature.com/news/2009/090429/full/4581091a.html

Climate crunch: A burden beyond bearing

The climate situation may be even worse than you think. In the first of three features, Richard Monastersky looks at evidence that keeping carbon dioxide beneath dangerous levels is tougher than previously thought.

In 2007, environmental writer Bill McKibben approached climate scientist James Hansen and asked him what atmospheric concentration of carbon dioxide could be considered safe. Hansen's reaction: "I don't know, but I'll get back to you."

After he had mulled it over, Hansen started to suspect that he and many other scientists had underestimated the long-term effects of greenhouse warming. Atmospheric concentration of CO2 at the time was rising past 382 parts per million (p.p.m.), a full 100 ticks above its pre-industrial level. Most researchers, including Hansen, had been focusing on 450 p.p.m. as a target that would avoid, in the resonant and legally binding formulation of the United Nations Framework Convention on Climate Change, "dangerous climate change". McKibben was aware of this: he was thinking of forming an organization called 450.org to call attention to the number, and his question to Hansen was by way of due diligence.

As he thought about McKibben's question, Hansen, who runs NASA's Goddard Institute for Space Studies in New York, began to wonder if 450 p.p.m. was too high. Having spent his career working on climate models, he was aware that in some respects the real world was outstripping them. Arctic sea ice was reaching record lows; many of Greenland's glaciers were retreating; the tropics were expanding. "What was clear was that climate models are our weakest tool, in that you can't trust their sensitivity in any of these key areas," he says. Those warning signs — and his studies of past climate change — led Hansen to conclude that only by pulling CO2 concentrations down below today's value could humanity avert serious problems. He came back to McKibben with not 450 but 350. In 2008, he published a paper spelling out his rationale for that target1.

The difference between 350 and 450 is not just one of degree. It's one of direction. A CO2 concentration of 450 p.p.m. awaits the world at some point in the future that might conceivably, though with difficulty, be averted. But 350 p.p.m. can be seen only in the rear-view mirror. Hansen believes that CO2 levels already exceed those that would provide long-term safety, and the world needs not just to stop but to reverse course. Although his view is far from universal, a growing number of scientists agree that the CO2 challenge is even greater than had previously been thought.

Several recent studies, for example, indicate that it may be exceedingly difficult to cool the climate down from any eventual peak or plateau, no matter what CO2 concentration is chosen as a target by the international community. And by looking at the problem in a new sort of way — by tallying the total amount of carbon injected into the atmosphere across human history — two papers in this issue of Nature reveal how close the world has come to the danger point (pages 1158 and 1163). "It's tougher than people have appreciated. We have less room to manoeuvre," says Malte Meinshausen, an author of one of the papers and a senior researcher at the Potsdam Institute for Climate Impact Research in Germany.

Mr Greenhouse

Hansen has a long history of stirring up controversy with gloomy climate prognostications. Often, they turn out to be right. In 1988, he told the US Congress that the recent warming of Earth's surface was very unusual and it was time to point a finger at the cause. Hansen said it was his opinion that "the greenhouse effect has been detected and it is changing our climate now". He caught a lot of flak for that statement, but the Earth continued to heat up and the rest of the scientific community eventually concurred with his assessment. He also used models to predict the amount of subsequent cooling to be expected from the eruption of Mount Pinatubo in 1991. That did much to convince people of the reliability of such models and of climate theory.

“When you say we have to get to 350, you have to phase down CO2 emissions in the next few decades.”

James Hansen

The model simulations Hansen and others worked on in the 1970s and 1980s had a profound effect on both climate scientists and politicians. When nations started exploring policies to curb CO2 emissions, the target most discussed was 550 p.p.m., in large part simply because that was what the modellers had experience with: in early studies of the greenhouse future, researchers had sought to get a sense of the scale of possible change by simulating what would happen if the atmosphere held 550 p.p.m., roughly twice the pre-industrial level of CO2 in the air.

Those studies showed a 550-p.p.m. world as warming quite a lot. In 1979, a panel of the US National Academy of Sciences led by Jule Charney, a prominent weather and climate researcher, estimated it would be 1.5 to 4.5 °C hotter. That estimate for what has become known as 'climate sensitivity' has stayed remarkably solid ever since: the most recent report of the Intergovernmental Panel on Climate Change pegged the sensitivity as being between 2 and 4.5 °C, while adding that higher values could not be excluded.

Although early policy discussions focused on the 550 p.p.m. mark, researchers and politicians soon concluded that such warming would be too much. In 1996, the European Union declared that "global average temperatures should not exceed 2 °C above pre-industrial level and that therefore concentration levels lower than 550 p.p.m. CO2 should guide global limitation and reduction efforts". Over the following decade, 450 p.p.m. became increasingly cited as a level to aim for, because some studies associated that concentration with 2 °C of warming.

In their 2008 paper, Hansen and his colleagues offer a number of reasons for arguing that even 450 p.p.m. is too high. The most important are observational: rapid changes in the Arctic and elsewhere have demonstrated that the globe is more sensitive to even today's levels of greenhouse gases than climate models have predicted. Others depend on details of the way climate sensitivity is defined. The standard approach, going back to Charney's formulation, comes from models that allow fast-reacting components of climate to change but hold constant other, slower factors, such as forests and ice sheets. Yet evidence from the past shows that such slow players are acutely sensitive to varying levels of CO2 — and are not so slow. By analysing how temperature and greenhouse-gas concentrations actually correlate over the past 500,000 years, as ice sheets have waxed and waned, Hansen and his colleagues find that the true climate sensitivity is 6 °C.

Going even further back, the team argues there is evidence for a tipping point in the greenhouse. Some 50 million years ago, CO2 concentrations were many times today's levels and Antarctica was ice-free. Concentrations declined slowly and crossed a crucial threshold 35 million years ago when the globe was cool enough for an ice sheet to start growing on Antarctica. Through a series of extrapolations, the researchers estimate that the threshold level was between 550 and 350 p.p.m. To avoid any risk of recrossing that threshold and losing Antarctica's ice, best keep at or below the bottom of that range: 350 p.p.m.

McKibben and Hansen on a 350.org demonstration against coal.McKibben and Hansen on a 350.org demonstration against coal.K. DAVISON/GREENPEACE

Hansen's arguments do not convince everyone. Stefan Rahmstorf of the Potsdam Institute says that there are important distinctions between melting and forming an ice sheet, and the two processes might occur at different greenhouse-gas concentrations. In fact, a 2005 modelling study conducted at Potsdam suggests that during a simulated ice age, the amount of warming needed to melt the North American ice sheet is consistently greater than the amount of cooling needed to grow it2. "You have a different threshold for the ice sheets coming and the ice sheets going," says Rahmstorf.

Hansen, though, sticks with the new low figure. He argues that realizing the world is already in dangerous climatic territory "completely changes the story. When you say 450 or 550, you're talking about what rates of growth you are going to allow. When you say we have to get to 350, that means you have to phase down CO2 emissions in the next few decades."

Peak problems

So how easy would it be to get back to 350 p.p.m.? Most scientists have assumed that it would not take that long to pull down CO2 levels if humanity went cold turkey and cut off all emissions, says Susan Solomon of the National Oceanic and Atmospheric Administration in Boulder, Colorado. "I've done a little informal poll of colleagues," she says. "It was interesting, the number of smart, knowledgeable people who said if we stop emitting, things will go back maybe in 100 years, 200 tops. But they're not correct. And I didn't believe it would be so long either."

Solomon changed her mind because of a study in which she and her colleagues used what's known as an Earth-system model of intermediate complexity — an EMIC. Although not as detailed as general circulation models, which divide the atmosphere and ocean into millions of cells, EMICs have the advantage of requiring less computing and so can run simulations lasting many centuries. They are also useful because they represent Earth's carbon cycle — the natural movements of carbon between the atmosphere, the biosphere and the oceans. Using an EMIC developed by the University of Berne in Switzerland, Solomon and her colleagues tested what would happen if CO2 emissions immediately ceased after concentrations peaked at various values, starting with 450 p.p.m. (ref. 3). What they found surprised them. CO2 levels subsided so slowly that they remained substantially above pre-industrial levels 1,000 years into the future. Global temperatures also stayed up, and had declined only slightly from their peak by the year 3000. In fact the simulations ended before temperatures dropped anywhere close to their starting point.

According to Solomon, the simulated climate recovers so slowly because of two factors. Natural sinks are only able to take up a fraction of the CO2 in the atmosphere, so roughly 20% of the emitted gas will stay in the air for at least a millennium, ensuring that it continues to warm the globe long after emissions are cut off. The thermal inertia of the oceans also plays a part: the large mass of ocean water on the planet is delaying the rate of climate warming today because most of it is lagging behind the changes in surface temperature. Once it has warmed it will retard the Earth's cooling after emissions cease.

Slow recovery

Experiments conducted with a more complex model actually make the picture look worse. In a paper this year, Jason Lowe, head of mitigation advice at the UK Met Office, and his colleagues described a study using a general circulation model at the Met Office's Hadley Centre in Exeter, UK, coupled to a carbon-cycle model4. He found that after emissions were curtailed, temperatures remained elevated at least to the end of the simulation, which went on 100 years past the cut-off. In fact, if CO2 concentrations reached 550 p.p.m. or higher before the emissions stopped, temperatures actually increased for at least a century (see graphs). He would like to see other groups run similar experiments with their own general circulation models.

The take-home message from his and other studies, Lowe says, is this: "If you do end up somewhere you don't want to be, it's probably going to take you a long time to get back to lower temperature levels." Lowe is now looking at how long such warming would last and what kind of trouble it might get the world into by, say, melting the Greenland ice sheet.

Because it will apparently take so long for the climate to recover from excessive warming, researchers are now looking at new strategies to avoid that excess in the first place. One approach is to stop thinking about the levels at which CO2 might be stabilized and instead concentrate on something simpler: the sheer amount of CO2 that can be emitted in total.

“If we want to have a smooth landing, our options are essentially exhausted.”

Malte Meinshausen

In this issue of Nature, Meinshausen and his colleagues present results from a coupled climate–carbon cycle model that explores the effects of different emission pathways for CO2 and the other major greenhouse gases. For the period 2000 to 2050, they find that the world would have to limit emissions of all greenhouse gases to the equivalent of 400 gigatonnes of carbon in order to stand a 75% chance of avoiding more than 2 °C of warming. Other greenhouse gases, such as methane and nitrous oxide, are expected to produce as much warming as 125 gigatonnes of carbon in the form of CO2 would; that means emissions of CO2 itself over the half-century have to add up to less than 275 gigatonnes of carbon. That's an extremely difficult target, admits Meinshausen, considering that emissions over the past nine years have used up almost a third of that allowance already. "Our remaining emission budget is so small," he says. "If we want to have a smooth landing and to decrease emissions in a smooth way, our options are essentially exhausted. We have to bend down our emissions by 2020."

Also in this issue, Myles Allen of the University of Oxford, Meinshausen and their colleagues describe how they ran a series of simulations using a simple combination of climate and carbon-cycle models. They find that if humankind could limit all CO2 emissions from fossil fuels and changes in land use to 1 trillion tons of carbon in total, there would be a good chance that the climate would not warm more than 2 °C above its pre-industrial range. Because half of that trillion tons has already been spewed into the atmosphere, and emissions now average about 9 billion tons a year and rising, the trillion-ton limit would allow the world to follow its current trend for less than 40 more years before giving up carbon emission for good, all at once.

One way of looking at that challenge is put forward by Hansen. Go ahead and burn all the remaining oil and gas in conventional reserves, he says, and at the same time concentrate all efforts on quickly phasing out coal — or capturing and storing the emissions associated with it. If nations can cut off coal use by 2030 and avoid tapping unconventional fossil fuels, such as tar sands and methane hydrates, the world could limit future CO2 emissions to 400 gigatonnes of carbon.

Other studies using this total-carbon-emitted approach are now appearing; a couple were presented at the International Congress on Climate Change held in Copenhagen in April. Although differing in details, they come to broadly similar conclusions. Allen says a total limit for carbon emissions, which he calls cumulative warming commitment, is a much more robust figure than a stabilization concentration of CO2 in the atmosphere.

The problem with looking for a stabilization concentration is that one must first know the globe's long-term response — its 'equilibrium climate sensitivity' — to calculate how much the planet will eventually warm for a given concentration. Estimates of what that equilibrium climate sensitivity might be are shaky, and hence so are forecasts based on it. A focus on total carbon emissions rather than concentrations, however, wipes away that problem because it demands that concentrations go up and — eventually — come back down, never stabilizing at a particular level. So the climate never reaches equilibrium and the uncertainties about its long-term response do not matter as much. "If you assume a finite injection of carbon," says Allen, "you don't need to know the climate sensitivity, so this whole debate about the equilibrium response is moot."

Although the results of the studies might seem too daunting, they do offer a few rays of hope. Andrew Weaver, a modeller at the University of Victoria in British Columbia, Canada, says that in the new studies, what matters is how much pollution goes into the sky, not when it gets emitted. "This allows you some flexibility," he says. From a political perspective, the idea of a cap on total emissions "is a lot easier to get your head around" than a concentration target or, say, a 20% reduction below 1990 emission levels. A cap is like a budget. Once you use it up, there's nothing left to spend.

Unfortunately, the world is behaving as though it expects to be able to arrange a large overdraft. And researchers can only come up with so many ways of presenting the gravity of the carbon problem to the rest of the world. "At some point, you begin to throw your hands up. It's very frustrating," says Weaver, who pulls a reference from an ancient global crisis. "Climate scientists," he says, "have begun to feel like a bunch of Noahs — thousands of Noahs."

mardi 31 mars 2009

Censure sur Internet: pas juste en Chine

La censure d'Internet, pour des motifs très variés, se pratique dans plusieurs pays. Même la France s'y met. Parmi les pays qui la pratiquent ouvertement ou qui ont annoncé leur intention, on note : l'Australie, la Corée du Sud, l'Inde, l'Argentine et la France.

Allez voir quelles sont les raisons invoquées dans cet article de Foreign Policy. Voilà matière à discussion.

lundi 30 mars 2009

Lutte au décrochage scolaire: un tiers de la cible

Le partenariat entre le gouvernement du Québec et la Fondation Chagnon pour favoriser la persévérance scolaire fait les manchettes aujourd'hui. Après l'arrivée du rapport Ménard, il y a deux semaines, et la concertation des instances scolaires, l'automne dernier, il est clair que les planètes s'alignent pour qu'on dépasse le stade des belles paroles. Mais on n'est pas vraiment sorti du bois.

Je m'explique. Il y a trois éléments au problème: les jeunes eux-mêmes, les enseignants qui les encadrent et leur transmettent les connaissances et la société qui fournit le contexte global. Or le plan d'action vise surtout les jeunes eux-mêmes. Je n'ai pas vu une seule fois le mot "enseignant" dans les documents gouvernementaux annonçant l'initiative. J'ai peut-être lu trop vite mais il est évident que les enseignants - et leurs organisations - n'ont pas été très impliqués dans la réflexion menant au plan d'action.

La Centrale des syndicats du Québec, qui regroupe la majorité des enseignants du système public, n'a pas eu une réaction très enthousiaste au plan d'action. Or si les syndicats n'endossent pas les efforts qui sont faits, c'est comme si on tentait de faire avancer une charrette avec une roue en moins.

En ce qui concerne la société en général, le premier ministre Charest semble aussi intéressé à ce projet qu'il l'est pour n'importe quel autre: un pont, une usine, un plan d'action, alouette... Heureusement que la société civile, représentée ici par le groupe de travail sur la persévérance scolaire (groupe Ménard), prend les choses plus au sérieux. Car enfin, le problème n'est pas avant tout une question d'argent mais une question de culture. C'est ce que le premier ministre ne semble pas avoir compris. Il annonce de l'argent, de la concertation, du soutien aux régions. Mais il n'a pas de vision.

Chaque décrocheur coûte 120,000$ à l'État peut-on lire un peu partout. Ce n'est vraiment pas avec cet argument que l'on va convaincre les décrocheurs de raccrocher. Il manque du souffle, de la vision, de l'inspiration. Les comptables sont au rendez-vous (et ils sont nécessaires), mais pas les figures capables d'inspirer.

On se donne comme objectif de faire passer, en dix ans, le taux de décrochage de 30% à 20%. Je ne sais pas quel a été le plus bas taux au Québec mais je sais que l'objectif ciblé est loin du taux de 93% de diplomation atteint dans les délais prescrits en Corée du Sud et du taux de décrochage inférieur à 1% en Finlande.

Mieux vaut ne pas viser trop haut pour se dire qu'on a atteint nos objectifs mais faudrait ne pas viser trop bas si on a toujours l'ambition d'être parmi les meilleurs au monde. La vie de cirque, c'est beau, mais c'est un peu instable.

Je vous pointe deux documents trouvés sur le web. Un article du USA Today qui parle du système scolaire en Corée du sud et un article publié sur le site du réseau PBS sur la Finlande.

vendredi 27 mars 2009

Réflexion sur l'usage de la torture

Peut-être vous êtes-vous déjà demandé si vous oseriez torturer quelqu'un ou soutenir l'usage de la torture en certaines circonstances. Bush, Cheney et consorts n'ont pas hésité à l'autoriser.

Voici Torture: A Bioethics Perspective, une réflexion intéressante sur la question, provenant du Hastings Center qui s'est spécialisé dans les questions de bioéthique. Ne serait-ce parce qu'elle pervertit l'auteur même de la torture, celle-ci apparaît comme contraire à l'éthique la plus élémentaire.

Je ne l'ai pas encore lue mais je crois que ça vaut la peine de vous la signaler.

mercredi 18 mars 2009

L'éducation, priorité nationale

À la fin de l’année 2008, de multiples appels pour faire de l’éducation une priorité nationale ont été publiés dans à peu près tous les journaux du Québec. Pendant que les universités réclamaient plus d’argent, onze organisations syndicales d’enseignants et d’étudiants signaient un manifeste intitulé « Faire de l’éducation publique la priorité nationale du Québec ». Et on ne comptait plus les cris d’alarme concernant les taux de décrochage scolaire qui atteignent 50 % dans certains milieux.

Une montagne de problèmes
Faire la liste des défis que l’on lance au système d’éducation québécois et des critiques qu’on lui adresse donne le torticolis : sous-financement, difficulté d’attirer dans nos universités des professeurs compétents « de calibre mondial », maintien et augmentation de l’accessibilité à l’éducation supérieure, atteinte d’un taux d’accès de 50 % au baccalauréat, gouvernance « moderne » des universités, lutte au décrochage, éducation des adultes, conditions d’apprentissage, valorisation des enseignants, désaffectation du système public, cours d’éthique et culture religieuse, sélection des élèves, problèmes de discipline, réforme pédagogique, etc.

On pourrait ajouter à cette liste, le fait que quantité d’élèves et de professeurs ont une faible maîtrise du français, qu’on ne forme pas assez de gens dans certains métiers où les entrées sont contingentées et qu’on en forme trop dans d’autres disciplines où les perspectives d’emploi sont faibles et peu lucratives, qu’on baisse les seuils de réussite et qu’on accepte des étudiants mal préparés, qu’une certaine culture populaire dévalorise le savoir et la maîtrise de la langue, que l’anglais a une puissance d’attraction telle que le système fait face à un obstacle de taille quand il s’agit de valoriser le français, que les conventions collectives empêchent des réformes simples, qu’on envoie à l’abattoir les jeunes professeurs alors qu’on devrait confier les classes les plus rétives à des enseignants d’expérience, etc.

En fait, il y a tellement de problèmes que le meilleur choix semble être de faire comme si de rien n’était et de laisser le processus de sélection naturelle dicter l’évolution du système.

Voir l’écosystème et la forêt plutôt que les arbres
Il y a quelques semaines, les réactions à l’outil « pédagogique » des Canadiens de Montréal nous ont fourni un exemple de plus du manque de perspective générale de la plupart des critiques du système d'éducation. Penser stimuler la lecture chez des jeunes en leur proposant des sujets qui les intéressent n’est pas une mauvaise idée. Mais penser stimuler le désir de s’éduquer en choisissant des modèles qui gagnent leur vie par leurs habiletés physiques ? À ce compte-là, pourquoi ne pas apprendre à compter en allant au casino ?

Quand valorise-t-on le savoir pour la liberté qu’il permet ? Quel intellectuel a le prestige d’un joueur de hockey ? Comment peut-on favoriser la qualité de la langue quand des communicateurs, des publicistes et des artistes sont peu sensibles à l’impact de la manière dont ils s’expriment ? Quelle place occupent la pensée et la culture dans l’imaginaire collectif ?

J’applaudis à l’idée de faire de l’éducation une priorité nationale mais il faudrait d’abord trouver nos points de repère.

D’autre part, cette priorité ne doit pas être laissée uniquement entre les mains des groupes d’intérêt les plus puissants. De ce côté-là, on entend toujours beaucoup parler d’argent. Notre problème n’en est pas d’abord un d’argent. Si on veut vraiment faire de l’éducation une priorité nationale, alors il faut convoquer la nation et pas seulement ceux qui ont des intérêts professionnels à la chose.

Une importance stratégique
L’éducation a pour nous une importance stratégique. Certaines nations jouissent de l’avantage du nombre et de leur poids économique. Les petites nations – sauf celles situées au-dessus d’un baril de pétrole – n’ont pas cet avantage et n’ont pas le choix de l’excellence si elles veulent prospérer. Plusieurs nous donnent l’exemple : en premier lieu, peut-être, Israël, mais aussi Finlande et Corée du Sud. Ce n’est pas un hasard si ces deux derniers pays, qui n’ont pas la tradition intellectuelle du judaïsme comme fond de scène, se tirent plutôt bien d’affaire: on considère qu’ils ont les meilleurs systèmes d’éducation au monde.

Pour nous, Québécois et Acadiens, l’éducation a une dimension de plus. Dans notre contexte géopolitique, la culture représente le seul attracteur suffisamment puissant pour nous donner le souffle nécessaire pour nous épanouir dans notre langue. L’alternative est de se définir par opposition et d’être dans une perpétuelle attitude défensive. L’éducation, pour nous, est une question de survie culturelle, en plus d’être la clé de la créativité individuelle et de la prospérité collective.

En résumé, ce dont il est question ici est de faire de l’éducation le fondement de l’imaginaire collectif et de la culture la clé de voûte de cet édifice. L’argent n’a qu’un rapport secondaire avec la question : il vient en second. D’abord, c’est l’imaginaire qui donne son importance à l’éducation. Ensuite, on met son argent sur les choses que l’on considère importantes. Penser rendre une chose importante en lui consacrant de l’argent ne fait qu’entretenir l’illusion que l’argent explique tout. C’est faux.

Revaloriser la profession d’enseignant
Si on veut faire de l’éducation une priorité nationale, il faut prendre des mesures déterminantes. La première est sans doute de revaloriser la profession d’enseignant en y attirant les meilleurs et en récompensant l’excellence.

Un bon enseignant amène le niveau de sa classe au-delà de la moyenne, un piètre enseignant le fait baisser en deçà. Actuellement, la profession d’enseignant n’est souvent qu’un deuxième ou un troisième choix de carrière. Imaginez l’effet de cette « sélection » sur ceux et celles qui en avaient fait leur premier choix par idéal. Il y a de quoi se décourager avant même de commencer. Le syndicalisme ne doit pas freiner cette revalorisation de l’excellence mais s’assurer que tous puissent l’atteindre et que ceux qui ne sont pas à leur place trouvent ailleurs celle qui leur convient.

L’équilibre de l’accessibilité et du désir
Il faut aussi trouver l’équilibre entre l’accessibilité et le désir. La valeur que l’on accorde à une chose est liée au désir que l’on a pour elle. Si elle est inaccessible, le désir ne peut pas naître et on passe à autre chose. Si tout le monde y a accès, elle perd de sa valeur. La valeur d’un bien tient à sa relative rareté, à son utilité et à son coût moral ou monétaire.

Le fait que l’éducation soit gratuite et universelle lui enlève une part de sa désirabilité. Comme il serait contre-productif d’augmenter sa valeur par des exigences financières, il faut lui redonner son attrait en la rendant conditionnelle à certains seuils de connaissance. Et ces connaissances doivent être objet de désir dans toutes les couches de la société.

Pourquoi valorise-t-on la souffrance, les efforts et le sacrifice quand il s’agit de former des joueurs de hockey alors qu’on diminue les exigences au point d’enlever toute signification à l’atteinte d’un niveau scolaire? Parce qu’être joueur de hockey est prestigieux alors que s’instruire n’a aucun attrait pour une bonne partie des jeunes ? Ces ados ne se sont pas mis ça dans la tête eux-mêmes.


Penser exige la maîtrise de la langue
La maîtrise de la langue doit faire partie du « prix » de l’éducation parce que cette maîtrise est liée à la capacité de penser et de communiquer. Cet apprentissage sous-tend quasiment tous les autres. A-t-on mesuré chez les étudiants l’impact de la qualité très variable de l’expression écrite que l’on rencontre chez des enseignants à tous les niveaux, même à l’université? La piètre maîtrise de l’écriture est un drame car la pensée a besoin de l’écriture et de l’expression juste pour prendre forme. Sinon, on reste dans le flou.

Lorsque la « priorité nationale » sera claire, les mesures de soutien aux élèves ayant des difficultés d’apprentissage apparaîtront comme une priorité et une évidence : on doit prendre tous les moyens pour ne laisser personne derrière.

Doit-on couper les vivres au secteur privé comme certaines voix le réclament depuis toujours ? Je ne sais pas. Une certaine concurrence est nécessaire pour maintenir la vigilance mais il n’y a pas une seule façon de l’entretenir. Ce que je sais, c’est qu’une école secondaire dans un quartier défavorisé devrait être perçue comme l’endroit le plus beau et le plus intéressant dans ce quartier.

Le jour où la réalité fera naître spontanément cette perception dans la tête des gens, alors on pourra dire que l’éducation est une priorité nationale et on ne parlera plus du décrochage scolaire comme d’un problème social.

Quant aux cégeps et aux universités, ils souffrent en partie du même manque de désirabilité. Mais leurs problèmes sont d’un autre ordre et demandent à être abordés différemment.

vendredi 13 mars 2009

Un tournant au El Salvador ?

Une élection aura lieu ce dimanche, 15 mars 2009, au El Salvador. Les anciens guerrilleros du Front Farabundo Marti de Libération Nationale sont favoris pour prendre le pouvoir sous la direction d'un nouveau leader modéré, venu de l'extérieur de la guerrilla.

Une très intéressante analyse de Foreign Policy permet de comprendre les nombreux enjeux régionaux de cette élection. Y'a peut-être de l'espoir de voir les choses évoluer vers un plus de modération, moins de violence et plus de collaboration entre les pays de la zone, y compris les États-Unis.