24 juin 2008. Encore une fois, je ne marquerai la fête nationale québécoise que par un acte de présence sans enthousiasme au rassemblement au parc municipal du village où j'habite. Il y a déjà très longtemps que je ne participe plus à cet événement qui se veut rassembleur mais qui ne l’est pas vraiment. À Montréal, le défilé de la St-Patrick rassemble cinq fois plus de participants que celui de la fête nationale. Il y a un problème. Combien de nos concitoyens anglophones participent aux célébrations du 24 juin ? Combien de ceux qui défileront ou fêteront le 1er juillet sont présents aux fêtes du 24 juin ?
J’ai un problème avec le 24 juin parce que j’ai la certitude que cette fête ne rassemble pas tous mes concitoyens. Je sens la journée hantée par le fantôme de St-Jean-Baptiste, même si on a tout fait pour l’éloigner. C’est une journée de l’année où je me sens particulièrement canadien-français et c’est celle où je voudrais le moins l’être. Tout simplement parce que j’ai un besoin lancinant de sentir l’unité des gens qui vivent sur ce territoire. J’ai besoin de dire nous, les habitants du Québec…
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J’ai profité de la journée pour lire les extraits du rapport de la Commission Bouchard-Taylor que j’ai imprimés il y a déjà quelques semaines. J’y lis : « Le défi présent, c’est de nourrir de symbolique et d’imaginaire la culture publique commune faite de valeurs et de droits universels, mais sans la défigurer. » (p.189)
Je partage la description de la nature du défi : nourrir de symbolique et d’imaginaire. Ce besoin est tellement criant que tout ce qui peut nourrir l’imaginaire canadien-français est mis à contribution : Maurice Richard, René Lévesque, Céline Dion, le Cirque du Soleil, Robert Lepage… J’y vois beaucoup d’exemples qui peuvent être inspirants mais, à part René Lévesque du fait de son rôle d’homme d’État, aucun symbole capable de nourrir la culture publique commune.
Le symbolique dont j’ai besoin est d’un autre niveau. Il doit représenter l’ordre d’une société, les principes autour desquels elle s’organise. À ce titre, il doit posséder plusieurs caractéristiques. Tout d’abord, il doit être l’élément central de l’identité sociale individuelle et collective. Pour ce faire, il doit évidemment permettre à tous les citoyens, sans exclusion, de s’identifier à cet élément. Dans le contexte particulier du Québec, ce symbolique doit apporter à chacun un élément de sécurité qui écarte les réflexes de peur devant la différence et de crainte face à l’avenir. Encore une fois, le contexte historique particulier du Québec, où il n’y eut jamais de véritable acte fondateur, exige que ce symbolique représente une fondation, le début de quelque chose. Ce symbolique doit aussi avoir des impacts concrets sur la manière dont les membres de la société entrent en relation les uns avec les autres. Autrement dit, il doit contribuer à diminuer les inévitables conflits internes de la société et lui permettre d’utiliser ses énergies à résoudre de manière créative les problèmes et les défis d’une société dynamique. On reconnaîtra ce symbolique en ce qu’il sera un objet de fierté collective, capable de nourrir l’imaginaire de chacun et capable de nous mobiliser au besoin.
Pour des raisons qu’ils expliquent, les commissaires Bouchard et Taylor n’ont pas abordé leur travail en y intégrant pleinement la perspective des communautés amérindiennes ni celle de la communauté anglophone. Il s’est agi d’un assourdissant silence qui a empêché le travail d’aboutir à un résultat fécond. Le journaliste du Devoir a bien compris le sort du rapport par un titre qui résumait les positions prises rapidement par la classe politique: « Quatre enterrements pour un rapport ». Bien sûr, le malaise identitaire à l’origine de la commission s’est exprimé exclusivement dans la communauté d’origine canadienne-française. Mais s’il s’agissait de parler de culture publique commune, il aurait fallu inviter et considérer toutes les parties impliquées.
Les commissaires croyaient-ils vraiment que leurs recommandations seraient capables de «nourrir de symbolique et d’imaginaire la culture publique commune» ? Les deux recommandations les plus chargées de symbolique – le sort du crucifix au-dessus du siège du président de l’Assemblée nationale et la récitation de la prière au début des séances des conseils municipaux – furent proprement renvoyées dans les catacombes de l’inconscient collectif commun sans le moindre questionnement. Comme échec de mission, il est difficile de faire mieux.
Lorsque je dis que notre manque de symboles nous épuise, c’est que l’absence de repères collectifs condamne cette société à des efforts qui ne parviennent jamais à leur terme. Nous venons d’en avoir un exemple saisissant.
dimanche 29 juin 2008
Cet épuisant manque de symboles
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