Le partenariat entre le gouvernement du Québec et la Fondation Chagnon pour favoriser la persévérance scolaire fait les manchettes aujourd'hui. Après l'arrivée du rapport Ménard, il y a deux semaines, et la concertation des instances scolaires, l'automne dernier, il est clair que les planètes s'alignent pour qu'on dépasse le stade des belles paroles. Mais on n'est pas vraiment sorti du bois.
Je m'explique. Il y a trois éléments au problème: les jeunes eux-mêmes, les enseignants qui les encadrent et leur transmettent les connaissances et la société qui fournit le contexte global. Or le plan d'action vise surtout les jeunes eux-mêmes. Je n'ai pas vu une seule fois le mot "enseignant" dans les documents gouvernementaux annonçant l'initiative. J'ai peut-être lu trop vite mais il est évident que les enseignants - et leurs organisations - n'ont pas été très impliqués dans la réflexion menant au plan d'action.
La Centrale des syndicats du Québec, qui regroupe la majorité des enseignants du système public, n'a pas eu une réaction très enthousiaste au plan d'action. Or si les syndicats n'endossent pas les efforts qui sont faits, c'est comme si on tentait de faire avancer une charrette avec une roue en moins.
En ce qui concerne la société en général, le premier ministre Charest semble aussi intéressé à ce projet qu'il l'est pour n'importe quel autre: un pont, une usine, un plan d'action, alouette... Heureusement que la société civile, représentée ici par le groupe de travail sur la persévérance scolaire (groupe Ménard), prend les choses plus au sérieux. Car enfin, le problème n'est pas avant tout une question d'argent mais une question de culture. C'est ce que le premier ministre ne semble pas avoir compris. Il annonce de l'argent, de la concertation, du soutien aux régions. Mais il n'a pas de vision.
Chaque décrocheur coûte 120,000$ à l'État peut-on lire un peu partout. Ce n'est vraiment pas avec cet argument que l'on va convaincre les décrocheurs de raccrocher. Il manque du souffle, de la vision, de l'inspiration. Les comptables sont au rendez-vous (et ils sont nécessaires), mais pas les figures capables d'inspirer.
On se donne comme objectif de faire passer, en dix ans, le taux de décrochage de 30% à 20%. Je ne sais pas quel a été le plus bas taux au Québec mais je sais que l'objectif ciblé est loin du taux de 93% de diplomation atteint dans les délais prescrits en Corée du Sud et du taux de décrochage inférieur à 1% en Finlande.
Mieux vaut ne pas viser trop haut pour se dire qu'on a atteint nos objectifs mais faudrait ne pas viser trop bas si on a toujours l'ambition d'être parmi les meilleurs au monde. La vie de cirque, c'est beau, mais c'est un peu instable.
Je vous pointe deux documents trouvés sur le web. Un article du USA Today qui parle du système scolaire en Corée du sud et un article publié sur le site du réseau PBS sur la Finlande.
lundi 30 mars 2009
Lutte au décrochage scolaire: un tiers de la cible
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2 commentaires:
Et la responsabilité des parents? Peut-être y a-t-il quatre joueurs principaux plutôt que trois?
Mon cher Léon, tu as raison de souligner le rôle des parents. Je l'avais négligé (une omission), mais souvent ils ne sont pas en mesure de le remplir. C'est pourquoi les enseignants occupent une position privilégiée car ils peuvent offrir un modèle différent de celui des parents. Parfois un prof peut faire la différence dans une vie.
Pour certains enfants, ils représentent la seule chance ou, du moins, une très bonne chance.
Sur un autre registre, hier, dans La Presse, un enseignant a souligné un des points que je mentionnais dans mon article : l'absence d'une culture de l'effort. Voir Chers élèves: accrochez-vous
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