mercredi 19 août 2009

Pour l’aggiornamento du Québec

Il y a si longtemps que la vie politique québécoise gravite autour du débat sur le statut politique du Québec qu’il est difficile d’imaginer qu’il puisse en être autrement tant que la question ne sera pas résolue. Mais force est de constater qu’elle ne semble pas près de l’être. La situation ressemble à une sorte de match nul où les souverainistes n’ont pas atteint leur objectif alors que les fédéralistes n’ont pas réussi à disqualifier et à marginaliser leurs adversaires.

Il n’est jamais agréable de reconnaître un échec mais il est clair que nous, souverainistes, n’avons pas réussi à convaincre une majorité substantielle de nos concitoyens, sans parler de notre incapacité à créer une alliance avec la minorité d’origine anglo-saxonne et les communautés d’immigration plus récente.

Comme le soulignait récemment Jean-François Simard dans Le Devoir du 13 juillet dernier, ce sont les situations d’oppression qui engendrent les mouvement de libération. De ce point de vue, la « situation d’oppression » est bien légère. Par contre, seuls les esprits de mauvaise foi nieront que la situation des Québécois francophones n’est pas facile, que leur statut de minorité linguistique isolée dans un océan anglophone a peu de parallèles, qu’ils doivent nécessairement utiliser l’anglais pour faire des affaires partout sur la planète (à l’exception des pays francophones) et que la collectivité est victime de préjugés (le « Quebec bashing ») au Canada parce qu’elle revendique les moyens d’assurer la pérennité de sa langue et de sa culture.

L’indépendance pour la langue?

Pense-t-on que l’indépendance règlerait les problèmes linguistiques? À y regarder de près, on voit bien que l’indépendance politique ne changerait strictement rien à la situation linguistique à l’extérieur des frontières et très peu de choses à l’intérieur du pays nouveau. Toutes les relations de commerce extérieur continueraient à se faire en anglais et toutes les industries de pointe – informatique, aéronautique, biopharmaceutique – continueront à travailler en anglais, souvent avec une main d’œuvre anglophone. Les progrès qu’il reste à faire au niveau de l’hégémonie et de l’apprentissage du français – que tous les enfants du secteur d’éducation anglophone maîtrisent suffisamment le français pour l’écrire et le parler convenablement – ne nécessitent pas l’indépendance pour être réalisés.

Pire encore, pour les Québécois francophones, que le Québec soit indépendant ou non, le dilemme linguistique semble impossible : offrir aux jeunes Québécois un apprentissage suffisant de l’anglais pour leur permettre d’être à l’aise dans le monde, et risquer ainsi une érosion du français, ou retarder l’apprentissage de l’anglais et handicaper leur avenir international. Ce n’est pas un choix. Le dilemme ne peut se résoudre qu’en insistant davantage sur la maîtrise du français et en suscitant une adhésion émotive forte à la langue et à la culture française. Une telle adhésion ne se décrète pas, elle se construit sur des générations et repose sur la vitalité de la culture et la responsabilité des créateurs. Combien réalisent que l’avenir du français au Québec dépend autant des artistes, des écrivains, des communicateurs et des enseignants que des politiques gouvernementales?

La souveraineté ne changerait rien à cette réalité. Toutes les mesures nécessaires à la protection de la langue peuvent être mises en place sans rien changer au statut politique du Québec. Bien sûr, le refus du gouvernement fédéral de se soumettre aux dispositions de la Loi 101 est un irritant majeur du fait de son caractère symbolique et du signal ainsi envoyé, mais ce n’est pas ce qui déterminera l’avenir du français au Québec et il n’y a rien qui empêche un gouvernement fédéral plus coopératif de les accepter.

Élan puis léthargie
Pendant trois décennies l’espoir de voir se réaliser la souveraineté du Québec a été un puissant stimulant de la créativité québécoise. Certaines de nos plus belles chansons en témoignent magnifiquement. L’impasse qui dure depuis 15 ans et l’absence de perspective de la voir disparaître de sitôt ont entraîné le Québec dans une sorte de léthargie et un désir d’oublier tout ça dans un chapelet de « partys », certes bien faits, mais vides de sens.

Je crois que les Québécois aiment l’action, les défis et les grands projets. À cet égard, la période actuelle est une longue traversée du désert. Et ce n’est plus le projet souverainiste – qui n’est pas parvenu en 50 ans à convaincre une majorité de Québécois – qui peut constituer ce grand défi. Si on me demandait d’identifier ce que la souveraineté changerait vraiment, profondément et pour le mieux, je serais en peine de dire autre chose que « les Québécois francophones seraient peut-être un peu plus maîtres de leur destin et ils acquerraient peut-être un peu plus d’assurance et de fierté ». En fait, les paramètres actuels de la question nationale ne permettent pas d’identifier la moindre piste de projet mobilisateur.

Le nécessaire aggiornamento

Jean-François Simard, ancien ministre du Parti Québécois, se demandait récemment comment réagirait le Canada si l’objectif souverainiste se transformait en nationalisme d’accommodement. À mon avis, la question ne se pose pas vraiment de cette manière. Si le Canada n’a pas réagi plus qu’il ne l’a fait depuis près de 50 ans aux demandes québécoises, pourquoi réagirait-il davantage et avec intérêt à une nouvelle forme de nationalisme québécois? Les Canadiens des autres provinces, tout comme les Québécois, sont préoccupés par leur propre sort, par ce qui les touche et non par le sort de leurs voisins. Aucune hypothèse ne permet de penser que la grande méconnaissance et la grande indifférence des Canadiens envers la question québécoise pourrait changer. D’autant plus qu’une proportion de plus en plus grande de Canadiens ne sont pas nés ici et n’ont aucune sensibilité particulière envers le concept des deux peuples fondateurs. Il n’y a rien à attendre de ce côté et sous cet angle-là. Et ce n’est pas ce qui doit nous importer en ce moment.

Ce qui importe vraiment, c’est le dynamisme de la société, le souffle, l’énergie qui la traverse. Il s’agit de les retrouver. Cela, me semble-t-il, doit nécessairement prendre la forme de débats de société et de projets de société. Est-ce vraiment un passage obligé? Je le crois. Nous avons tellement mis de côté ces débats, tout occupés que nous étions à maintenir les forces unies pour ou contre l’objectif de la souveraineté, que notre société s’est peu à peu figée et a évité quasi systématiquement les questions de fond et les remises en question. C’est en bonne partie cet immobilisme que l’ADQ a essayé de dégeler maladroitement et avec démagogie. C’est ce que Joseph Facal, François Legault, les jeunes libéraux et et plusieurs autres groupes ont essayé ou essaient de faire. Paradoxalement la clé de l’immobilisme et la clé du mouvement se trouvent toutes deux au même endroit : au Parti Québécois.

Les problèmes d’éducation, de santé, d’environnement, de transport, d’agriculture et d’énergie, pour ne nommer que ceux-là, se présenteraient peut-être autrement aujourd’hui si l’objectif de la souveraineté ne venait pas toujours empêcher les choses de se dire et remettre à plus tard les réformes nécessaires. D’autres coalitions sont possibles que celles des souverainistes et des fédéralistes.

Par exemple, je crois que les problèmes du système de santé, identifiés depuis 30 ans par trois commissions d’enquête différentes, seraient peut-être résolus si les partis successivement au pouvoir s’étaient attaqués de front aux problèmes de gouvernance. Si le système de santé n’était pas sous la gouverne d’une corporation serait-il en l’état actuel? On peut poser à peu près la même question à propos du système d’éducation et de l’agriculture.

La discussion sur la stratégie énergétique du Québec ne se pose pas dans les mêmes termes mais cette stratégie serait-elle la même si la société y avait consacré autant d’énergie qu’à débattre de souveraineté? Il me semble que nous avons perdu plusieurs occasions de ce côté-là, simplement parce que nous étions occupés à autre chose.

Ne serait-il pas temps de mener un débat de fond sur la stratégie d’intégration des immigrants sur lesquels nous disons vouloir beaucoup compter, de définir une vision à long terme et de prendre les moyens de l’appliquer et de la faire réussir? Nous contenterons-nous de vœux pieux en nous préparant des lendemains chauds ou tirerons-nous profit de la richesse que représentent ces nouveaux venus?

Je prétends que la nécessité de la souveraineté ne se présentera pas à cause d’une vague opposition entre la politique canadienne et les « aspirations » du Québec mais parce qu’il y aura une confrontation majeure sur des enjeux réels, urgents, concrets et bien compris par toute la population. Les chances que cela se produise sont faibles car les Canadiens ne sont pas si différents des Québécois. Par contre, elles demeureront nulles si les paramètres du débat politique ne changent pas.

Horizon 2050

En terminant, j’aimerais considérer la question de la souveraineté sous l’angle de ce que je perçois comme les grands défis de la planète d’ici 2050. Il y a peu de chances que je sois encore vivant cette année-là, mais il me semble que cet horizon nous permet d’entrevoir les problèmes qui détermineront l’évolution de tous les pays.

La plupart de ces problèmes auront leur origine dans la crise environnementale: le réchauffement climatique entraînera des problèmes d’accès à l’eau potable, des problèmes d’agriculture, peut-être l’inondation des terres basses, mais dans tous les cas un déplacement de populations et une immigration massive. Nos réponses face à ces grands défis n’ont aucun rapport direct avec la souveraineté du Québec. Le Québec dispose déjà de pratiquement tous les leviers nécessaires pour agir ou ne rien faire.

D’autres enjeux majeurs, comme celui posé par la mainmise des multinationales chimiques et pharmaceutiques sur l’agriculture et la production des médicaments, sont également au-delà des moyens de la souveraineté. Ce sont des problèmes de nature internationale. Rien n’empêche le Québec de développer des politiques et de les faire connaître au monde entier pour faire bouger les choses mais il ne pourra le faire seul, indépendant ou pas.

Au-delà de ces enjeux, les nouveaux rapports de force entre l’Europe, les deux Amériques et l’Asie pour l’accès aux sources d’énergie et aux ressources mettront en marche des forces qui auront pas mal plus de poids sur notre destin que nos problèmes intérieurs. Prenons la mesure de notre poids réel : le Québec représente à peine un millième de la population mondiale.

Mais, peu importe le reste, indépendance ou pas, c’est par rapport à ces problèmes que nous verrons si le Québec est une société dynamique ou non.

Autrement dit, de quelque côté que l’on se tourne, la souveraineté n’apparaît pas comme une condition nécessaire et essentielle pour faire face aux défis actuels et futurs, qu’ils soient internes ou externes. Elle ne le deviendrait que si le Québec était empêché de les relever à cause de son appartenance au Canada.

Il me semble évident que le grand mouvement d’énergie collective qui a traversé le Québec entre 1960 et 1980 ne se remettra en marche qu’en discutant vigoureusement de projets de société et non en cherchant à obtenir un statut politique qui n’accorde pratiquement aucun avantage pour relever les défis présents et à venir.

D’une certaine manière, bien que je sois souverainiste depuis 1963 (année d’une mémorable visite de la Reine d’Angleterre à Québec), il m’indiffère que ce mouvement aboutisse ou non à la souveraineté. Ce qui m’importe est de sentir que la collectivité dont je fais partie retrouve son énergie et le dynamisme dont elle est capable, et qu’elle engendre chez tous ceux qu’elle rassemble – francophones, anglophones et nouveaux arrivants – une adhésion émotive forte à son caractère francophone dans le respect de toutes les communautés et traditions qui la composent, comme toute société dynamique du XXIe siècle.

Je fais l’hypothèse que si le Parti Québécois considérait la souveraineté non comme une fin en soi mais comme une option de dernier recours dont la pertinence ne peut reposer que sur des circonstances graves, il serait en mesure de dominer la vie politique québécoise comme aucun parti ne l’a fait depuis longtemps. Un tel aggiornamento n’aurait pas seulement un impact au Québec mais aussi au Canada et même sur la scène internationale. N’est-ce pas la stature que le Québec souhaite? Comme l’a dit Deng Xiao Ping, grand réformateur de la Chine moderne, « peu importe que le chat soit blanc ou noir, du moment qu’il attrape la souris ».

5 commentaires:

Yves Casgrain a dit…

Bonjour Christian,

Ton discours n’est pas nouveau. Je le tenais déjà dans les années ’80, alors que j’étais le Directeur de la recherche d’Info-Secte. On me demandait souvent la cause profonde de l’apparition des sectes et du Nouvel-Âge au Québec. Une de mes explications pointait du doigt la crise sociale, politique et religieuse que traversait notre belle province. Près de 30 ans plus tard, je constate que notre Québec n’est pas encore sorti de sa crise. Ton texte est, à cet égard, très révélateur. Cependant, je dois t’avouer mon malaise face à celui-ci. En résumé, tu exprimes ton désir de voir les québécois se mobiliser autours de projets rassembleurs qui, à terme, pourraient bénéficier à l’ensemble de la population locale et mondiale. Voilà un beau souhait que je partage entièrement. Toutefois, je crois que ce souhait est, pour l’instant, irréalisable. Il ne faut pas oublier que depuis près de vingt-ans s’est développée au Québec, et ailleurs dans le monde, une idéologie castratrice et véritablement démobilisatrice : le relativisme ! Comment mobiliser un groupe, un peuple avec ce cancer de la pensée ? Car, enfin, pour faire avancer un peuple il faut des sages, des prophètes. Or, leur vision prophétique sera tout de suite rabaissée au rang d’une simple opinion qui ne peut se prévaloir d’une supériorité quelconque. Afin de mener à bien un projet, il faut des personnes qui croient à celui-ci au point de se donner à lui le temps qu’il faudra pour le réaliser. Il faut également que ces mêmes personnes croient aux promoteurs de ce projet. Évidemment, je ne fais pas ici allusion à une croyance béate et sans critique ! Le relativisme tue toute volonté de changement radical car ce dernier suppose une réflexion critique et un choix. Or, comment être critique, comment effectuer un choix si tout est semblable, si tout est rabaissé au rang d’une simple opinion qui n’est valide que parce que tu la partages ?

Pour que ton souhait se réalise, Christian, il faut s’attacher à quelque chose et y tenir. Sans pour autant devenir sectaire, bien sûr. Ta devise qui figure au bas du titre de ton blogue peut être lue comme l’illustration de ce relativisme qui pollue les esprits : «Ne s'attacher à aucune théorie ou idéologie que ce soit. Éviter l'étroitesse d'esprit et demeurer ouvert aux points de vue d'autrui. Vivre en dialogue.» Ces phrases peuvent être lues comment un appel au relativisme. En ce sens, elles sont même contradictoires puisque tu fais appel au dialogue. Or, pour qu’un dialogue puisse s’engager, il faut la présence d’au moins deux personnes qui ne partagent pas le même point de vue. Point de vue qu’ils ont adopté en préférence à d’autres. Le problème n’est pas de s’attacher à une idéologie ou à une théorie. Non le véritable danger c’est que cette idéologie et que cette théorie nous attachent l’esprit et l’empêchent d’entrer en dialogue avec l’autre et d’évoluer. C’est là que nous devenons sectaires. Avant d’entrer en dialogue, il faut s’attacher à des idées, à des concepts, à des croyances, se définir soi-même par rapport aux autres. Un grand théologien spécialiste de l’œcuménisme et du dialogue entre les religions, feu François Varillon, écrivait qu’avant de commencer un dialogue avec un autre courant religieux il faut être bien assis sur sa chaise. Autrement dit, il faut d’abord bien connaître sa propre religion, l’aimer, la critiquer… . Il faut donc s’y attacher…

Voilà ce que j’avais à exprimer à la suite de ton texte que je pourrais signer sans aucune difficulté.

Christian Lamontagne a dit…

Bonjour Yves,
Ton commentaire illustre bien la nécessité du dialogue... ne serait-ce que pour bien se comprendre.

Le dialogue n'implique pas du tout le relativisme des valeurs, simplement d'être disposé à changer d'avis. Ça n'a rien à voir avec "tu as raison", "j'ai raison" et retournons chacun chez nous. Ça, si c'est un dialogue, c'en est un de sourds.

Je suis d'accord avec toi que proclamer que toute opinion se vaut tue toute possibilité réelle d'échange et de mesure. Ce n'est surtout pas le sens de la devise qui se trouve en haut du blogue.

J'ai appris avec les années que la première chose à faire lors d'une discussion est de bien s'entendre sur le sens des mots. Parfois, ça prend un certain temps avant de se rendre compte qu'on ne parle pas de la même chose. À partir de là, il devient possible d'entrer en dialogue.

Dans l'échange que j'ai avec toi en ce moment, je me rends compte que nous ne parlons pas de la même chose. Si toi, tu crois le contraire, il est impossible de s'entendre. Je dois donc te montrer que c'est bien le cas.

Mais nous ne sommes pas très éloignés. Je suis tout à fait d'accord avec toi que pour entrer en dialogue, il faut deux points de vue différents.

Je crois que notre incompréhension est liée à l'interprétation que tu fais de "s'attacher à une opinion". Pour moi, "s'attacher à une opinion" signifie que je la tiens pour vérité absolue et que rien ne me fera changer d'avis. Ne pas être attaché à une opinion signifie que même si je crois profondément qu'elle est juste, et que j'ai des arguments très solides pour la défendre, je suis disposé à entendre des arguments opposés ou simplement un autre point de vue.

Entendre des arguments opposés signifie souvent de reconnaître la part de vérité qu'ils contiennent et d'incorporer cette vérité dans mon argument. Si je ne suis pas capable d'incorporer cette part de vérité, c'est que mon argument n'est pas assez fort. C'est ainsi que l'on peut changer d'opinion ou, au moins, la nuancer. Ça, c'est un dialogue vivant. Car si moi, je suis capable d'incorporer dans mon discours une part de ce que tu dis, peut-être peux-tu faire la même chose avec ce que je dis désormais.

Peut-être suis-je un peu trop théorique pour être bien compris. Mais si je prends l'exemple du dialogue religieux, si deux personnes de foi profonde entrent dans un vrai dialogue, celui-ci passera rapidement du niveau des formes superficielles (les rites, les croyances, etc.) pour aller dans les eaux de l'expérience religieuse où tout converge. Mais si les deux parties sont convaincues de détenir la vérité absolue, aucun dialogue n'est possible.

Lorsque je dis qu'il ne faut pas s'attacher à ses idées, je donne à ces mots le sens qu'il ne faut pas que les idées nous attachent.

Rassure-toi, j'adore argumenter parce que je suis souvent assez convaincu d'avoir raison. Mais je suis prêt à changer d'avis si on démontre que mon point de vue n'est pas complet, qu'il néglige tel aspect, etc.

J'espère que ceci t'aide à mieux percevoir où je me situe.

Yves Casgrain a dit…

Je suis heureux de ton commentaire. J'espérais me tromper dans mon analyse de ta devise. Cela semble le cas. Tant mieux.... Pour le reste, le Québec ne pourra pas avancer tant que le relativisme règnera...Là-dessus je suis ferme dans ma conviction. Toutefois, je suis optimiste. Je souhaite toujours mon pays, plus que jamais. Cependant, je vois bien que nous avons évité bien des débats de sociétés et que nous avons laissé pourrir bien des situations sociales, politiques, économiques, écologiques et religieuses au profit d'un rêve qui a été refusé par la majorité...Il est temps d'y faire face avant qu'il ne soit trop tard.

À bientôt,

Yves

Serge Martel a dit…

Cher Christian,
Ton appel pour un aggiornamento, certes essentiel, est malheureusement posé en des termes qui nous ramènent près de quarante ans en arrière lorsque les ML exhortaient les militants politiques de l'époque à oublier la souveraineté pour se consacrer entièrement à la lutte des classes. Pour eux comme pour toi, la souveraineté était (est) une empêcheuse de «voir» les vrais affaires. Et pourtant, c'est justement porté par le mouvement souverainiste (pas totalement mais en très grande partie) et par le Parti Québécois au premier chef, que le Québec a connu les années les plus progressistes de son histoire.

Lorsque que tu écris que «...pendant trois décennies l’espoir de voir se réaliser la souveraineté du Québec a été un puissant stimulant de la créativité québécoise. Certaines de nos plus belles chansons en témoignent magnifiquement.» tu réduis ces années à l'effervescence «culturelle» en oubliant (?) que les lois adoptées sur l'assurance-maladie, l'assurance-automobile, la protection du consommateur, l'assurance-juridique, les CLSC, etc. étaient porteurs de changement aussi importants pour l'époque que ceux que tu souhaiterais actuellement en éducation, en santé, en environnement, etc. D'ailleurs, l'avènement de Québec Solidaire montre bien qu'une réflexion et une action politique peut se faire de façon progressiste tout en étant souverainiste. Si le nœud gordien du changement actuellement te semble l'apathie et l'aveuglement du Parti Québécois alors qu'il pourrait en être le moteur, pourquoi ne pas être logique avec cette analyse et rejoindre le PQ pour le transformer avec l'appui de d'autres personnes ?

Ta position sur la langue, me gêne également, car elle donne l'impression que si tous les québécois ne parlent pas anglais, il n'y a pas d'avenir pour eux. Je sais bien qu'une élite supra-nationale s'est constituée autour de la mondialisation et que sa lingua franca est l'anglais, mais cela ne fait pas pour autant de l'habitant de Saguenay qui ne parle que le français un crétin coupé du monde.

Si, pour toi la « souveraineté n’apparaît pas comme une condition nécessaire et essentielle pour faire face aux défis actuels et futurs», elle m'apparaît au contraire comme encore plus nécessaire qu'avant compte tenu du rouleau compresseur de la mondialisation. Car ce qui est essentiellement en cause, ici, c'est la défense et la préservation d'une langue, d'une certaine manière de vivre qui a façonné celle-ci et d'un peuple qui s'est développé dans un environnement qui s'appelle le Québec.

Quand tu écris : « ...il m’indiffère que ce mouvement aboutisse ou non à la souveraineté.», je reconnais là «la fatigue des intellectuels», fatigue qui peut peut-être expliquer la méfiance du peuple québécois envers les intellectuels, lui qui a vu souvent, au cours de son histoire, son élite le «trahir» au profit du pouvoir colonial anglais.

Par ailleurs, terminer ton texte par cette citation du « grand réformateur de la Chine moderne » comme tu l'écris, Deng Xiao Ping, et je cite : « Peu importe que le chat soit blanc ou noir, du moment qu’il attrape la souris » me laisse pantois, quand on sait qu'il fut en réalité un dictateur qui s'appuyait sur un appareil d'état policier, comme c'est toujours le cas présentement en Chine.

Christian Lamontagne a dit…

Cher Serge,
Ce n'est pas en tirant sur le messager qu'on contredit ce que dit le message.

Je vais cependant reprendre certains de tes arguments et de tes affirmations pour corriger l'interprétation que tu as faite de mon écrit.

Ais-je dit que la souveraineté empêchait de voir les vraies affaires? Non, je dis que la nécessité de maintenir deux coalitions nous empêche de mener les débats jusqu'au bout. J'en veux, par exemple, les grandes difficultés de gestion du système scolaire et du système de santé, tous deux entravés par une guerre de corporations et de syndicats où le bien des étudiants et le bien des patients est secondaire. Dans le domaine de la santé, ceci a été nommé par trois commissions d'enquête depuis 30 ans. Et rien de significatif n'a bougé parce que les péquistes ne veulent pas perdre leur base et que les fédéralistes ne veulent pas renforcer leurs adversaires.

On peut certes argumenter que la situation n'est pas due au fait qu'il y a deux grandes coalitions mais simplement au fait de ne pas vouloir perdre le pouvoir. Il y a certainement une part de vérité dans cela, mais je prétends que les débats ne se font pas plus dans la société civile parce que l'objectif de la souveraineté nous les fait considérer comme secondaires.

Ce que je dis, c'est que c'est en faisant les débats, en regardant la réalité en face et en posant les vraies questions que la souveraineté progressera. Sinon, la politique devient de la petite politique et ça donne ce qu'on a depuis 20 ans. Ce n'est pas pour rien que l'ADQ est née: il y a toute une génération qui en a marre de voir noyer le poisson sur un tas de questions.

Je ne réduis pas la créativité québécoise au domaine culturel, je donnais la chanson comme un témoignage, un symbole de cette créativité. Désolé de m'être mal fait comprendre sur ce point. Les exemples que tu donnes remettent les choses en perspective.

En ce qui concerne la langue, j'ai trop de respect pour les travailleurs pour penser que ceux qui ne parlent pas anglais sont des crétins. Je dis simplement que sans l'anglais, il est difficile de naviguer dans le monde. Que ce soit pour voyager, faire des affaires, étudier et même se tenir simplement informé. Il n'est pas question d'élite supranationale, simplement d'être à l'aise dans le monde. Et je remarque que même si tu es mal à l'aise avec ma position, tu ne contredis pas mon idée que la souveraineté ne sera pas un élément déterminant de l'avenir du français au Québec, parce que nous avons déjà la plupart des outils nécessaires pour le faire prospérer.

L'argument central de ta contribution est que la souveraineté est nécessaire pour résister au rouleau compresseur de la mondialisation. Cependant, tu n'expliques en rien pourquoi il faut résister à ce mouvement, comment la souveraineté permettrait d'y faire face et pourquoi les gens se laisseraient convaincre que c'est la raison de faire la souveraineté. En fait, La première chose qu'un gouvernement souverainiste essaierait de faire, ça serait de négocier la participation à l'ALENA et à tous les traités de libre-échange possibles. Est-ce cela résister à la mondialisation?

En terminant, j'ai écrit "D'une certaine manière, il m'indiffère que ce mouvement aboutisse à la souveraineté"... parce que je ne tiens pas à la souveraineté pour la souveraineté. Si on peut atteindre les objectifs que nous visions autrement (parce qu'il semble que la souveraineté n'arrivera pas de sitôt avec la stratégie et dans le contexte actuels), pourquoi pas?