dimanche 23 novembre 2008

Élections Québec 2008

Il est parfois malaisé de déterminer sur quels critères il faudrait faire le bilan d’un gouvernement et évaluer les promesses que nous font les politiciens.

L’économie est évidemment un bon point de départ mais il est trop général pour qu’on ne pousse pas l’analyse un peu plus loin que le taux de chômage ou l’augmentation du PIB. Certes, chaque société a ses enjeux spécifiques, ici la langue et l’immigration, là la sécurité internationale, là encore les traités commerciaux, les politiques de l’éducation, etc.

Mais si nous prenons comme points de référence quelques valeurs assez universellement partagées comme une vie en santé, des chances égales pour tous, une vie démocratique dynamique, une société sans exclus, sans doute disposons-nous de points d’évaluation «transversaux» qui peuvent être appliqués à un grand nombre de projets et de politiques.

Les déterminants sociaux de la santé synthétisent passablement bien l’ensemble des conditions qui permettent à une population d’atteindre un niveau de santé physique, émotive, cognitive et sociale optimale. Leur plus grand intérêt, c'est qu'ils se situent tous en amont de la médecine et agissent comme des révélateurs de l'état de santé d'une société. Si, dans une société, les déterminants sociaux de la santé sont au vert, les membres de cette société auront, collectivement, un bon état de santé. S'ils sont au rouge, on peut s'attendre à ce que l'état de santé des individus se détériore. Exactement comme on l'a vu de manière spectaculaire en ex-URSS (diminution de l'espérance de vie de plusieurs années) et comme on le voit aussi dans plusieurs pays d'Afrique.

Grosso modo, les déterminants sociaux de la santé, ce sont l’accès à l’éducation, la répartition de la richesse, les politiques de l’enfance, l’environnement social, l’environnement physique, les normes du travail, les normes culturelles et les services de santé. Comme nous considérons la vie et la santé comme valeurs humaines suprêmes, ne serait-il pas approprié que les politiques convergent pour renforcer de toutes les manières possibles ces fondements d’une société dynamique?

L’effet des déterminants sociaux de la santé se fait toujours sentir de façon plus intense sur les populations plus fragiles économiquement et socialement. Par exemple, on sait que toute mesure affectant l’accessibilité des services de santé a un impact direct sur les populations n’ayant pas de marge de manœuvre financière. On peut donc raisonnablement conclure que les politiques ayant comme conséquence de faire payer les gens de leur poche pour certains soins entraînent une dégradation de l’état de santé moyen de la population. Même chose pour l’accès à l’éducation, l’environnement physique et social, les normes du travail, etc.

Et il existe un constat terrible auquel aucun parti politique ne peut se soustraire complètement : globalement et localement, les politiques mises de l’avant depuis deux décennies ont fait augmenter les écarts entre les plus pauvres, la classe moyenne et les plus riches, dixit l'OCDE. L’augmentation de cet écart signale que les inégalités de santé sont aussi en augmentation.

Quel sera l’impact des promesses faites par les partis politiques québécois sur les déterminants sociaux de la santé ? À quoi pouvons-nous nous attendre ?

Investissements dans les infrastructures
Les investissements dans les infrastructures sont-elles une manière de diminuer les écarts de revenus entre les extrêmes de la pyramide sociale? Ils vont stimuler l’emploi et améliorer l’état des routes certes, mais mettront-ils au travail des gens exclus du marché de l’emploi ? Permettront-ils d’augmenter les qualifications des gens les moins formés ? Si on sait que la meilleure manière de diminuer les écarts de revenus est de permettre à plus de gens de travailler pour des salaires dignes de ce nom, une telle politique d’investissement doit aussi s’accompagner de mesures de formation professionnelle visant des gens exclus de ces emplois. Combien y a-t-il d’immigrants récents dans les métiers de la construction ? Combien de gens ayant perdu leur emploi dans l’industrie ou dans les forêts seront-ils recyclés en travailleurs de la construction ?

Les investissements dans les infrastructures sont un outil formidable de stimulation de l’économie mais ils doivent viser plus large. À ce que je sache, il n’existe nulle stratégie et nulle vision en ce sens. 0/10 pour le manque de vision de tous les partis mais un + pour Charest et son équipe qui ont anticipé ( ?) les problèmes de l’économie.

Hausse du salaire minimum
Si on augmentait le salaire minimum à 10 $ (plutôt qu’à 9,50 $ dans deux ans), une personne seule travaillant à temps plein à ce salaire se situerait à peu près au seuil de la pauvreté. Un tel niveau de salaire ne peut que continuer de faire augmenter l’écart avec les mieux nantis car il équivaut à une augmentation salariale de 1% par année pour une personne gagnant 50,000 $ et de 0,5% pour quelqu’un gagnant 100,000 $. Il devrait au moins augmenter du double chaque année pendant 5 ans pour n’équivaloir encore qu’à 75% du revenu médian, soit le mi-chemin entre la pauvreté et la moyenne. La question est certes complexe mais la situation des personnes, elle, est limpide.

Il faut exiger des partis un engagement et des propositions concrètes pour réduire les écarts de richesse, par le biais du travail et de la fiscalité pour ceux qui peuvent travailler et par des mesures ciblées pour les autres. Comparativement aux autres partis, encore un + pour Charest, mais la mesure dénote un manque de perspective. L’ADQ récolte un double (-) sur ce point car un de ses candidats s’est prononcé contre toute hausse du salaire minimum. Quant à Pauline, a-t-elle quelque chose à dire ?

Éducation
Quoiqu’en disent les professeurs d’université, ce n’est pas en augmentant les salaires des gens qui gagnent déjà plus de 100,000 $ par année qu’on va faciliter l’accès aux études supérieures, revaloriser la profession d’enseignant et former la main-d’œuvre dont on a tant besoin. Les investissements en éducation doivent d’abord viser à qualifier des gens qui se retrouvent sur la touche. Mais cela ne peut se faire que par la valorisation collective de l’éducation et par une valorisation de la profession d’enseignant. Il y a là un immense chantier qui n’implique pas seulement des dollars mais un changement de culture. Je ne vois pas grand-chose dans les programmes politiques qui correspond au défi. 0/10 pour la vision d’ensemble. Par contre, les libéraux et les péquistes ont compris depuis quelques temps déjà qu’il faut tout faire pour que le moins de monde possible tombe entre les craques. Pour la famille et l’enfance : 8/10 avec léger avantage aux péquistes. 0/10 à l’ADQ qui préfère garder les femmes à la maison.

Habitudes de vie
Comment rendre les villes plus vivables, diminuer la prévalence de l’obésité, améliorer les habitudes alimentaires, améliorer les transports collectifs, favoriser les transports actifs, favoriser l’activité physique ? La simple énumération des cibles suffit à tracer un programme qui touche les ministères des transports, de la santé, de l’éducation, des affaires municipales et de l’environnement. Ai-je entendu un parti reprendre à son compte les cibles de santé publique pour mettre les moyens nécessaires à l’atteinte de ces objectifs ? Aucun.

Quant au projet de transformation de la rue Notre-Dame en boulevard urbain à haute intensité de circulation, il sabote les efforts de réduction de la pollution et, à mon avis, ne propose pas une véritable vision à long terme du transport collectif même s'il l'améliorera un peu. Misère. 1/10 pour le Ministère des transports du Québec et son ministre.

Ce premier bilan rapide de la mi-campagne me laisse un goût amer : la politique québécoise fonctionne à la petite semaine et le manque de vision est flagrant.

Pour la première fois de ma vie, je songe à aller annuler mon vote. Dans mon comté, le candidat péquiste s’est brûlé localement en appuyant activement le plan d’urbanisme de Sutton. Comme le plan manquait singulièrement de vision, les citoyens ont réclamé un référendum. Et plutôt que de perdre la face, la Ville a retiré le projet pour mieux revenir plus tard. Le candidat péquiste, lui, semble n’avoir rien compris. Misère…

P.S.
Si vous voulez mieux comprendre pourquoi les déterminants de la santé peuvent servir à évaluer les effets des politiques sur l'état de santé d'une population, je vous invite à lire le dossier que j'ai signé sur ce sujet sur PasseportSanté. C'est présenté très simplement mais ce n'est pas un roman.

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