samedi 3 mai 2008

Noir Canada: David contre Goliath



Exploitation artisanale d'une mine d'or en Tanzanie.
Photo:
C.Glahder, DMU (National Environmental Research Institute, Université d'Aarhus, Danemark)

Il y a longtemps qu'on a vu pareil combat: la plus importante compagnie aurifère au monde, Barrick Gold, poursuit une toute petite maison d'édition québécoise, les Éditions Écosociété, pour six millions de dollars. Le motif: Noir Canada, un livre lancé depuis moins d'une semaine, répandrait des faussetés au sujet de la multinationale.

Il y a deux semaines, la compagnie avait menacé la maison d'édition d'entreprendre une telle poursuite si elle ne retirait pas certaines allégations. Les Éditions Écosociété ont décidé d'aller quand même de l'avant... avec le résultat que l'on sait.

Il sera fort intéressant de suivre cette affaire qui soulève plusieurs enjeux importants. En partant, la disproportion des moyens disponibles de chaque côté ne saurait être plus grande. Il s'agit donc d'un combat à armes inégales. Pour avoir déjà été impliqué dans un litige commercial avec une filiale de Québecor, je peux témoigner de l'inconfort d'une pareille situation. Dans le cas de Barrick Gold, la poursuite est sérieuse et pourrait faire fermer la maison d'édition en plus de mettre carrément des gens sur la paille.

La question de fond est cependant la véracité des allégations contenues dans Noir Canada. Pillage, corruption et criminalité en Afrique. Peut-on simplement répéter des faussetés en se justifiant qu'on ne fait que citer d'autres sources? À mon sens, la recherche de la vérité impose quelque prudence si on ne dispose pas de preuves solides.

On peut voir le tableau sans même avoir lu le livre: des mineurs africains travaillant à leur propre compte dans des conditions d'insécurité hallucinantes sont délogés par une multinationale qui a conclu une entente avec les dirigeants du pays. Étant donné que l'État est véritablement le seul moyen de s'enrichir en Afrique, on peut soupçonner que les politiciens n'ont pas signé d'entente sans contrepartie pour eux-mêmes. C'est malheureusement ainsi que les choses se font en Afrique. Alors les mineurs se font déloger et ne reçoivent rien ou si peu pour la perte de leur gagne-pain. Voilà le portrait.

Que s'est-il passé véritablement sur le terrain? C'est un des enjeux de la poursuite actuelle. Une nouvelle de Radio-Canada, Controverse autour de Noir Canada, a fait le 15 avril un bon tour d'horizon du sujet.

Chose certaine, on aurait moins parlé de ce livre si Barrick Gold n'avait pas mis sa menace à exécution. Comme stratégie de relations publiques, je ne suis pas certain qu'il s'agit d'un bon choix. Par contre, Barrick a déjà poursuivi un journal anglais, en l'an 2000, pour les mêmes allégations et a gagné sa cause. Le montant résultant de la poursuite avait été versé à un organisme de charité.

Je vais me procurer le bouquin de 350 pages et essayer de me faire une idée par moi-même.

Entretemps, voici quelques sources d'information complémentaires.

Site d'information sur la mine Balyanhulu. Dans ce site à usage professionnel et de relations publiques, Barrick Gold a l'air d'être un citoyen corporatif modèle.

Protest Barrick. Un site qui sert de portail aux groupes surveillant les activités minières dans le monde, particulièrement celles de Barrick Gold. Articles, témoignagnes et mise en contexte des opérations mondiales de Barrick. Très bien fait.

Barrick's Dirty Secrets: Communities Respond to Gold Mining's Impacts Worldwide. Un rapport publié le 1er mai 2007, à l'occasion de la journée internationale de protestation contre Barrick.

Et un morceau de choix.
Report of the International NGO Fact-Finding Mission to Tanzania. Le moins qu'on puisse dire, c'est de répéter qu'une enquête indépendante serait une bonne idée.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

À ce sujet, voici une entrevue avec Alain Deneault, auteur de Noir Canada, disponible sur le site des publications universitaires :

Ici pour l'entrevue

il y explique en détails la nature des concepts utilisés dans l'essai et prend bien soin de mentionner les sources auxquelles se réfèrent ses allégations.

Bonne écoute.
(entrevue qui s'insère bien dans le lecteur MP3)