Comment un universitaire sérieux peut-il encore affirmer que les problèmes de développement des pays les moins industrialisés peuvent être résolus par l'introduction de cultures d'«organismes génétiquement modifiés» (OGM)? C'est pourtant ce qu'affirme le professeur R.J. Herring du Department of Government à l'Université Cornell, dans un article publié dans le numéro de juin 2008 de la revue Nature Genetics. L'article, qui fait partie d'un dossier, est actuellement en accès libre (le demeurera-t-il longtemps?) et je vous invite fortement à l'imprimer si le thème des OGM et de l'ADNr (ADN recombinant) vous intéresse le moindrement.
L'argument voulant que les cultures issues du génie génétique soient la solution aux problèmes de développement et de malnutrition est un des arguments les plus souvent employés pour justifier cette technologie. Pourtant Amartya Sen, prix Nobel d'économie en 1998, a bien montré dans Development as Freedom qu'aucun pays démocratique n'a jamais connu de famine et que celles-ci sont toujours liées à des facteurs humains. Il n'était pas le premier à le dire et encore aujourd'hui, il n'est pas nécessaire de faire de longues études pour s'apercevoir que les problèmes de développement sont en très large partie des problèmes de gouvernance. Comment le cher professeur explique-t-il que le Zimbabwe soit passé, en moins de 20 ans, du statut de grand pays exportateur de produits agricoles à celui de pays ravagé par la faim, avec plus de trois millions de réfugiés en Afrique du Sud voisine? Les exemples de ce genre sont légion, principalement en Afrique mais aussi en Asie et en Amérique du sud.
Il y a quantité de bonnes et de mauvaises raisons pour jouer dans les plates-bandes de Dieu, mais cet argument du professeur Herring est un non-argument, un mythe et une illusion. Dommage que les scientifiques persistent à justifier leurs travaux de cette manière et que de grandes revues comme Nature laissent passer de telles affirmations.
Il n'est certainement pas faux de prétendre que les techniques de l'ADNr peuvent améliorer les récoltes dans des conditions difficiles, conférer une résistance contre certains prédateurs, augmenter le contenu en certains nutriments, etc. Un peu comme ça a été le cas lors de la «révolution verte» dans les années 1960 alors que les rendements ont été grandement améliorés et que certains pays, comme l'Inde, sont devenus auto-suffisants et même exportateurs de denrées alimentaires. Mais cela a très peu de liens avec le fait de pouvoir nourrir ou non la population d'un pays. La Corée du Nord possède bien un ou deux réacteurs nucléaires et des missiles balistiques, mais les gens y sont encore sous-alimentés.
Je vais continuer de commenter l'article du professeur Herring dans mes prochains blogues, car il soulève de multiples enjeux très importants. Au menu (dans l'ordre ou le désordre): la motivation derrière les OGM, le problème de la propriété intellectuelle, la diffusion des produits agricoles issus de l'ADNr, nos attitudes paradoxales devant les OGM, la théorie des mouvements sociaux...
Articles cités:
Opposition to transgenic technologies: ideology, interests and collective action frames, Ronald J. Herring, Nature Reviews Genetics 9, 458-463 (2008)
Global Challenges, Nature Review Genetics, June 2008
samedi 24 mai 2008
OGM (1) : pas pour le développement
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